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philosophie

Catherine Brutout interviewée par Wendy Amrane (octobre 2011)

Comment aimes-tu définir l’identité du Méridien ? Comme un théâtre d’émotion. Un théâtre de l’intime, du non-dit, du regard qui en dit long. J’aime ce côté humain. Je dois avouer que j’adore mes abonnés, mon public. Il n’y a pas un soir où la rencontre ne se passe pas. Depuis quelque temps j’accueille les spectateurs à la sortie du spectacle, c’est d’ailleurs Emile Lansman qui m’a rappelé ce moment important. C’est un moment vital car le public m’a fait confiance et la moindre des choses c’est que je sois là pour recueillir leur avis, savoir entendre aussi ceux qui n’ont pas aimé. J’adore ces moments de partage, certains soirs l’émotion est telle que j’ai du mal à contenir la mienne. Un abonné m’a dit que je ressemblais à un prêtre à la sortie de sa paroisse après la messe, j’ai adoré cette image et j’en suis très fière. Comment réalises-tu une programmation ? Je suis d’abord sensible à des thèmes. La psychologie humaine, la spiritualité, la mémoire, le sens de l’existence. Voilà ce qui me fait vibrer. L’enfance et la vieillesse aussi. L’enfance pour y reconnaitre mes blessures et essayer de les soigner, la vieillesse pour la douceur du vécu et de l’expérience. J’ai pris conscience qu’il était possible d’allier ces thèmes intenses avec de l’humour et de la légèreté. Quand la métaphysique peut nous faire rire et vibrer, c’est magique. Quand elle nous parle de notre propre vie, c’est délicieux. Il n’y a pas de plus grand bonheur pour un spectateur que de voir un personnage de théâtre traverser son vécu. Pour moi, programmer c’est essayer de toucher le public. Pourquoi prends-tu le risque de programmer des spectacles qui n’existent pas encore ? Parce que le Méridien a la vocation d’être un moteur de création artistique. Les spectacles y voient donc le jour. Parti d’un texte trouvé ou proposé par un metteur en scène, on met la machine en route et il ne faut pas moins de huit semaines de dur labeur pour être prêt. Les répétitions se passent au Méridien. C’est pour cette raison que le théâtre est fermé entre deux spectacles. C’est donc un vrai risque de création que je partage chaque année avec le public. Il m’arrive de proposer des coups de coeur que je découvre ailleurs, c’est le cas de «Emma» en 2011 que j’ai adoré. Je me suis dit: « ça, je veux le partager avec mon public !» Mais je reste convaincue qu’être abonné à un théâtre de création c’est être plus proche des artistes et de leurs univers. Pourquoi du jazz au Méridien? De mère pianiste et de père comédien, mon coeur a toujours tangué entre ces deux formes d’expression. Et nous le savons tous, la salle du Méridien se prête formidablement bien aux concerts. En dehors d’une acoustique exceptionnelle, elle conserve l’intimité d’un club tout en exigeant l’écoute d’une salle de spectacle. Nombreux sont les abonnés qui partagent avec moi la passion de la musique, je ne pouvais donc rester plus longtemps sans leur proposer mes coups de coeur musicaux. Cette saison, trois toutes grandes pointures, rares à Bruxelles, Sylvain Luc, Olivier Ker Ourio et Bert Joris, nous proposeront leurs plus belles compositions. Je m’en délecte déjà !